Homosexualité et travestissement

Cranach, Hercule à la cour d'Omphale, huile sur bois, 1537. Fondation Bemberg, Toulouse.
Texte 1 : Phèdre, Fables, IV, 16.
- Rogavit alter tribadas et molles mares
- quae ratio procreasset, exposuit senex :
- “Idem Prometheus, auctor vulgi fictilis
- qui, simul offendit ad fortunam, frangitur,
- naturae partes veste quas celat pudor
- cum separatim toto finxisset die,
- aptare mox ut posset corporibus suis,
- ad cenam est invitatus subito a Libero ;
- ubi inrigatus multo venas nectare
- sero domum est reversus titubanti pede.
- tum semisomno corde et errore ebrio
- adplicuit virginale generi masculo,
- et masculina membra adposuit feminis.
- ita nunc libido pravo fruitur gaudio.”
Aide à la traduction
Traduction (1923) :
Oriane et Louise, au XXIe siècle, ont traduit le texte de façon un peu plus convaincante :
Quae ratio procreasset
Tribadas et molles mares.
Senex exposuit :
"Cum idem Prometheus
Auctor vulgi fictilis
Qui frangitur
Simul offendit
ad fortunam
Finxisset separatim
Toto die
Partes naturae
Quas pudor celat veste
Ut posset
aptare [eas] mox
Corporibus suis
Subito est invitatus
Ad cenam a Libero.
Ubi inrigatus est
venas
multo nectare
reversus est sero
domum
pede titubanti.
tum semisomno corde
et errore ebrio
adplicuit virginale
generi masculo
et adposuit
masculina membra
feminis
ita nunc
libido fruitur
pravo gaudio
quelle raison avait engendré
les lesbiennes et les mâles efféminés.
Le vieillard expliqua :
"Comme le même Prométhée,
créateur de la foule en argile
qui se brise
dès qu’elle se heurte
à la Fortune,
avait façonné séparément
toute la journée
les parties naturelles
que la pudeur cache par un vêtement,
pour pouvoir
les ajuster ensuite
aux corps [qu'il venait de créer],
soudain il fut invité
à dîner par Liber.
Quand il eut été arrosé
en ce qui concerne les veines
de beaucoup de nectar,
(= quand il eut bien imbibé ses veines de nectar)
il rentra tardivement
à la maison
d’un pied titubant.
Alors, l’esprit à moitié endormi,
et dans la confusion de l'ivresse,
il appliqua les parties sexuelles de la femme
sur le genre masculin
et il plaça
les membres masculins
sur les corps féminins
Ainsi maintenant,
le désir profite
D’une joie perverse.
Maëlle et Emil ont repéré les propositions subordonnées du texte de Phèdre : leur travail est ici.
Cédric propose un commentaire du texte de Phèdre :
Dans cette fable de Phèdre consacrée à Prométhée, l'auteur propose une explication satirique et mythologique de la diversité des comportements sexuels et des identités de genre. Il raconte que Prométhée, créateur des hommes en argile, aurait, après avoir façonné séparément les organes sexuels, mal attribué ces derniers aux corps humains, à cause de son ivresse, après un banquet chez Bacchus. C'est de là que seraient nés les lesbiennes et les hommes efféminés. Phèdre ne reprend donc pas du tout le mythe de l'androgyne qu'on peut lire dans Le Banquet de Platon. La fable de Phèdre, qui évoque donc les lesbiennes et les homosexuels a été jugé choquante par les traducteurs d'époques plus récentes, notamment au début du XXe siècle. C'est pourquoi certaines traductions comme celle de 1923 ont été volontairement censurées et remplacées par des points, les auteurs ayant sans doute jugé que la tournure de l'histoire ou le thème abordé n'était pas convenable et que par conséquent la fable n'était pas publiable.
Texte 2 : Ovide, Fastes, II, 309-322, Hercule et Omphale.
Omphale et Hercule arrivent au Tmolus, montagne de Lydie (Turquie actuelle) où ils doivent faire un sacrifice en l’honneur de Bacchus.
- Dumque parant epulas potandaque vina ministri,
- cultibus Alciden instruit illa suis.
- dat tenuis tunicas Gaetulo murice tinctas,
- dat teretem zonam, qua modo cincta fuit.
- ventre minor zona est ; tunicarum vincla relaxat,
- ut posset magnas exeruisse manus.
- fregerat armillas non illa ad brachia factas,
- scindebant magni vincula parva pedes.
- ipsa capit clavamque gravem spoliumque leonis
- conditaque in pharetra tela minora sua.
- sic epulis functi sic dant sua corpora somno,
- et positis juxta secubuere toris ;
- causa, repertori vitis quia sacra parabant,
- quae facerent pure, cum foret orta dies.
Aide à la traduction
Alix, Nora et Anna C. ont traduit le début du texte d'Ovide :
ministri parant epulas
que vina potanda,
illa instruit Alciden
cultibus suis.
Dat tenuis tunicas tinctas
Gaetulo murice
dat teretem zonam,
qua modo cincta fuit.
Zona est minor
Ventre
relaxat tunicarum vincla,
ut posset exeruisse
magnas manus.
les serviteurs préparent le banquet
et les vins à boire,
celle-ci [Omphale] équipe Hercule
de ses parures.
Elle [lui] donne de légères tuniques teintes
grâce à la pourpre gétule,
elle [lui] donne une délicate ceinture
avec laquelle elle a été ceinte jusque-là.
La ceinture est plus petite que
le ventre [d'Hercule].
Elle desserre les liens des tuniques
afin qu’il puisse sortir
ses grandes mains.
Sofiane et Énora ont pris la suite :
non factas
ad illa brachia
magni pedes
scindebant
parva vincula.
Ipsa capit
gravem clavam
-que spolium leonis
-que tela minora
condita in pharetra sua.
Sic functi epulis
sic dant sua corpora
somno
et secubuere
toris positis juxta.
qui n’étaient pas faits
pour ses bras
Ses grands pieds
déchiraient
les petits liens [des sandales].
Elle-même prend
la lourde massue
et la dépouille du lion
et des armes plus petites
rangées dans son carquois.
Ainsi ayant accompli le festin
ils donnent leur corps
au sommeil
et ils s’étendirent
sur des lits placés côte à côte.
Cédric a terminé la traduction du texte.
parabant sacra
repertori vitis
[sacra] quae facerent pure
cum die orta foret.
ils préparaient des sacrifices
pour l'inventeur de la vigne
[sacrifices] qu'ils feraient en étant purs
lorsque le jour se lèverait.
Oriane et Louise ont traduit un peu différemment :
toris positis juxta.
causa quia
parabant sacra
repertori vitis
[sacra] quae facerent pure
cum die orta foret.
Les lits placés côte à côte
Pour le motif qu’ils
Préparaient les rites
pour le dieu de la vigne
(Rites) Qui devaient être accomplis purement
Quand le jour serait levé.
Antoine a établi le texte latin présent sur le tableau de Cranach en haut de page.
HERCULEIS MANIBUS DANT LYDAE PENSA PUELLA
IMPERIUM DOMINAE FERT DEUS ILLE SUAE
SIC CAPIT INGENTIS ANIMOS DAMNOSA VOLUPTAS
FORTIAQUE ENERVAT PECTORA MOLLIS AMOR
1537
Camille a traduit le texte latin et elle propose un commentaire du tableau :
Les jeunes filles lydiennes mettent de la laine à filer dans les mains d’Hercule
Le dieu supporte la domination de sa maîtresse
Ainsi le plaisir funeste s’empare des grands esprits
Et un amour tendre amollit les cœurs courageux
1537
L’œuvre Hercule à la cour d’Omphale est réalisée par le peintre de la Renaissance allemande Lucas Cranach l’Ancien.
Le tableau représente une scène mythologique : Hercule vendu comme esclave à Omphale, reine de Lydie. Ce tableau l’illustre avec Hercule tenant un fuseau à la main et souriant presque béat entouré des trois servantes d’Omphale qui l’habillent avec des vêtements féminins : un voile sur la tête, un collier autour du cou. La reine est sur la droite du tableau et regarde le spectateur avec une certaine malice.
On observe par ailleurs un léger décalage entre le héros grec, puissant que l’on connaît grâce à ses 12 travaux et l’homme peint sur le tableau. En effet cette scène de travestissement montre Hercule avec un air idiot, amoureux et naïf filant de la laine aux pieds d’Omphale qui domine ici le héros pourtant synonyme de puissance et de domination. Ici l’amour est plus puissant que tout comme le désigne la citation « Et un amour tendre amollit les cœurs courageux ». Cette scène est donc une scène de domination avec le dieu et sa maîtresse : l’homme prend l’apparence d’une femme et est soumis à Omphale, ce qui est différent des normes de la société, notamment celles de l’époque.