Le petit théâtre d'Oryctolagus.

 

Ave ! Mihi nomen est Oryctolagus. Salut, je m'appelle Oryctolagus. Je suis le principal personnage de ce site. J'y ai été recruté en qualité d'influenceur parce que je suis le seul lapin latiniste, ce qui me permet d'aider les élèves et d'enrichir leur culture. Selon toute probabililité, je dois aussi être le seul lapin influenceur. Acessoirement, je tiens à vous dire que le latin permet d'aller très loin. Sans parler de ma propre réussite dans la communication et les nouvelles technologies, voici quelques exemples des innombrables possibilités qui s'offrent aux latinistes.

Ægyptolagus

Amis lecteurs, nous voici en plein cinéma. Oryctolagus chez ... Cléopâtre ! Après tout, bien d'autres m'ont précédé chez la reine d'Égypte : César, Marc Antoine, et même Astérix ! Alors, pourquoi pas moi ? Un je ne sais quoi m'a attiré vers les rivages nilotiques. Cléopâtre était une reine grecque, de la dynastie des Lagides, du nom de l'ancêtre de Ptolémée, le général d'Alexandre qui hérita de l'Égypte. Ne suis-je pas moi-même (Orycto-lagus), un Lagide par excellence ? Mais les Lagides étaient-ils des lapins  ? C'est, à vrai dire, une hypothèse incertaine. Le plus probable, en cette affaire, est l'influence de l'orientalisme. Les Occidentaux, longtemps frustes, ont toujours été fascinés par le raffinement de l'Orient. Hollywood a repris le flambeau en 1963 avec le fabuleux peplum de Mankiewicz, Cléopâtre, avec Richard Burton dans le rôle de Marc Antoine et Liz Taylor dans le rôle-titre.
Voilà. Le soir va tomber sur le Nil et Ægyptolagus est à présent, semble-t-il, le favori de Cléopâtre. Tout va bien. Pourtant, j'ai comme un doute. Quels sont donc ces animaux familiers un peu bizarres qui somnolent dans le bassin ? Je crois qu'ils me regardent d'un drôle d'air qui ne me dit rien qui vaille.

Utinam dives essem ?

Ave ! Voici le trésor de mon ancêtre Priscus, dont vous connaissez désormais la richesse fabuleuse et le destin tragique. Je ne l'envie pas. Il aura amassé tout cet or, tous ces lingots et pierreries en pure perte. Vanitas vanitatum ! Ce qui m'inspire cette réflexion : et si la vraie richesse résidait dans la culture et dans le langage, dans les mots ? Les Allemands disent de manière assez poétique « le trésor des mots» (Wortschatz) pour désigner le vocabulaire. Le latin est par excellence la langue de l'éducation. Qu'est-ce que le « vivre ensemble» sinon la concordia ? La bienveillance est-elle autre chose que l'æquanimitas ? Et la République n'est rien d'autre que la res publica, littéralement la chose publique, mais plus concrètement notre bien commun. Amis lecteurs, continuons de faire du latin et partageons avec d'autres, chaque fois que l'occasion s'en présente, cette utile et innocente passion. Tiens, je nous sens déjà plus riches !

Priscus

Ave ! Je vous présente aujourd'hui mon ancêtre Oryctolagvs Priscus. Priscus, c'est-à-dire l'ancien, le vénérable. Aucun historien n'a écrit la Vita Prisci, et c'est bien dommage, car cette vie fut exceptionnelle. Elle pourrait avoir valeur d'exemplum, d'illustration morale destinée à l'éducation de la jeunesse : c'est en effet l'histoire d'une ascension sociale extraordinaire suivie d'une fin tragique. Des fouilles archéologiques récentes viennent de renforcer nos connaissances, jusqu'ici très incertaines, et l'intelligence artificielle, sur les indications des archéologues, a ressuscité Priscus.
Celui-ci vivait au premier siècle de notre ère. Il s'était enrichi en vendant quelques fournitures et en rendant de menus services aux légions qui montaient la garde sur le limes, la frontière fortifiée de l'empire – déjà, à cette époque, les dépenses militaires n'étaient pas perdues pour tout le monde. Entouré des siens et de nombreux serviteurs, il vivait dans une somptueuse villa au bord du Rhin, apud Rhenum, entre Mogontiacum (Mayence) et Cologne. De vastes vignobles entouraient cette résidence et, sur l'autre rive du fleuve, Priscus avait fait bâtir un temple de Minerve car, comblé par la Fortune, il se consacrait désormais à la philosophie, à l'amour de la sagesse. Il était en effet, ce sont les archéologues qui le disent, lecteur de Sénèque dont il connaissait presque par cœur le De beata vita, le traité De la vie heureuse. J'en veux pour preuve cette inscription, retrouvée dans les vestiges de sa villa et tirée de l'œuvre en question : « primum est proponendum quid sit quod appetamus». Autrement dit, pour être heureux, il faut avant tout savoir ce que l'on veut. C'est fondamental. Est-ce suffisant ? Je n'en jurerais point, ami lecteur, car Priscus, probablement par l'intercession de Sénèque, fut invité à Rome par Néron pour un banquet dans la Domus aurea, la Maison dorée de l'empereur. Peut-être y vit-il fonctionner la fabuleuse cenatio rotunda dont les latinistes de l'Iroise, grâce à moi, ne peuvent plus rien ignorer. Toujours est-il que Néron, fourbe et cruel, savait très bien ce dont il avait envie. Et l'on raconte que mon malheureux ancêtre finit... en civet !

MMXXVI

(Dépêche AFP) C'est d'un champ de carottes qu'Oryctolagus, plus optimiste que jamais, a adressé ses vœux pour 2026 à tous les latinistes, Urbi et orbi, mais aussi, plus spécialement, à ceux de l'Iroise. Il nous a confié qu'il souhaite la paix dans le monde entier, la prospérité à tous (et en particulier aux agriculteurs dont le sort n'est pas aujourd'hui, dit-il, aussi enviable qu'à l'époque de Virgile). Il a ajouté in fine (tiens, du latin !) : « Et surtout, que l'humanité n'oublie pas les humanités ». Ayant conclu sur ce propos sybillin, il a détalé.

Mugitusque boum !

Ave ! C'est depuis la campagne que je vous parle aujourd'hui. O rus ! Quando ego te aspiciam ?, « O campagne, quand te reverrai-je ? » se demandait le poète Horace. Mais c'est de Virgile que je vous entretiendrai aujourd'hui. Le « boum » ne vous trompera pas, fins latinistes que vous êtes ! Mugitusque boum n'a aucun rapport avec une quelconque explosion. C'est un génitif pluriel, celui de bos, bovis, le bœuf. Le poète évoque le mugissement des bœufs dans les Géorgiques (II, 458-471), juste après avoir exalté la vie simple, saine et heureuse, des agriculteurs :

O fortunatos nimium, sua si bona norint,
agricolas! quibus ipsa, procul discordibus armis,
fundit humo facilem victum justissima tellus.
Si non ingentem foribus domus alta superbis
mane salutantum totis vomit aedibus undam,
nec varios inhiant pulchra testudine postes
inlusasque auro vestis Ephyreiaque aera,
alba neque Assyrio fucatur lana veneno,
nec casia liquidi corrumpitur usus olivi,
at secura quies et nescia fallere vita,
dives opum variarum, at latis otia fundis,
speluncae vivique lacus, et frigida Tempe
mugitusque boum mollesque sub arbore somni
non absunt

C'est-à-dire, ami lecteur et latiniste averti : Trop heureux l’habitant des campagnes s’il connaissait son bonheur ! loin des discordes, loin des combats, la terre, justement libérale, lui prodigue une nourriture facile. Il n’a point, il est vrai, une maison splendide dont les portes magnifiques vomissent des flots de clients venant saluer le réveil de leur patron. Il ne regarde pas avec l’ébahissement de l’envie les lambris incrustés d’écaille, les vêtements où l’or se joue, et les riches vases de Corinthe ; la pourpre de Tyr n’altère point la blancheur de ses laines ; jamais il ne corrompt l’huile limpide par un mélange de cannelle ; mais la sécurité, le repos, une vie à l’abri des coups du sort et riche en mille biens ; mais du loisir au milieu des campagnes, des grottes, des sources d’eau vive ; mais de fraîches vallées, les mugissements des bœufs, et sous un arbre un doux sommeil ; voilà les biens qui ne lui manquent point.

Ce n'est pas tout ! En 1856, Victor Hugo, dans Les Contemplations reprend la formule de Virgile dans un poème dédié aux campagnes intitulé, l'auriez-vous deviné ? Mugitusque boum. Vous voyez qu'il y a là une veine poétique inépuisable. Pourquoi ne pas vous essayer vous aussi aux vers latins ? Quant à moi, je vous laisse, car ce discours m'a ouvert l'appétit et la luzerne de ce champ m'inspire au plus haut point !

Lepus Velox

Bonjour ! Je vous présente aujourd'hui mon cousin Lepus, le lièvre. C'est une légende des circuits : les 24 heures de Vindunum, Hockenheim, le Nürburgring, Monza, Monaco, Indianapolis ; partout il a triomphé. Une véritable bête de course, auprès de qui je me sens tout petit. Ma devise, ami lecteur, serait plutôt festina lente, hâte-toi lentement. Pourtant, une ombre plane sur le palmarès de mon cousin si rapide. Il s'agit d'une histoire quelque peu dérangeante, que je tiens de mon ami Jean de La Fontaine, le fabuliste. Lepus, cet athlète extraordinaire, aurait un jour été battu à la course... par une tortue !

Jam proximus ardet Ucalegon !

« [La maison de notre voisin] Ucalegon est déjà en feu! ». Autrement dit, ça sent le roussi, il y a péril en la demeure, le feu au lac, ça urge ! Il convient d'agir sans tarder ! L'expression nous vient de Virgile, au vers 311 du livre II de L'Énéide. Énée, le héros, prince troyen, prend précipitamment la fuite, car Troie est incendiée par les Grecs. C'est la scène où je me trouve, ami lecteur, sur le tableau qui en a été fait par Nicolas Poussin (1594-1665), le grand peintre français du XVIIe siècle. À ma gauche (au centre sur le tableau), Énée est en train de se sauver en portant Anchise, son vieux Papa, sur son dos. La citation de Virgile est un conseil de prudence : dans certains cas, il ne sert à rien de jouer les héros, et il vaut mieux éviter le danger, pour éviter une mort certaine. Cette vertu de prudence est appelée φρόνησις (phronèsis) par les Grecs. Je ne vous cache pas que ma propre nature me porte à déguerpir, dès que j'aperçois un péril. Mon cousin dans le Roman de Renart n'est-il pas Couard le lièvre ? C'est ainsi que je me suis conservé afin de pouvoir vous transmettre ma riche expérience. Mais on peut aussi, une fois le danger évité, et si c'est possible, revenir à la charge, contre-attaquer. Prendre conscience des dangers est donc très utile pour éviter le pire. Le philosophe allemand Hans Jonas, qui était latiniste, a résumé cela dans un livre publié en 1979 Le principe responsabilité : « in dubio pro malo », « dans le doute, envisage le pire ». C'est une formulation intelligente du principe de précaution. Mais assez philosophé. Il faut que je remplisse ma citerne, que je vérifie mon extincteur et relise le contrat d'assurance-incendie de mon terrier. On ne sait jamais ! Bonne rentrée, amis lecteurs !

Mobilis in mobili

« Mobile dans l'élément mobile», telle est la devise du Nautilus, le sous-marin qu'inventa Jules Verne et que vous apercevez juste derrière moi. Lisez, si vous ne l'avez déjà fait, Vingt Mille Lieues sous les mers (1869) ainsi que L'Île mystérieuse (1875), les deux romans où apparaissent le capitaine Nemo et son sous-marin. Je vous parle donc aujourd'hui depuis le royaume de Neptune. La Méditerranée, Mare nostrum, est au cœur du monde romain. Énée a dû franchir ses eaux tumultueuses pour, quittant Troie incendiée, gagner Carthage puis les côtes du Latium. Pompée le Grand, le rival malheureux de César, en a éliminé les pirates, d'abord par la force, puis en leur proposant de devenir agriculteurs. Les convois de l'annone, le service de ravitaillement, purent ensuite acheminer par la mer le blé d'Égypte dont on faisait le pain des Romains. Tacite (Annales, III, 54) nous rappelle ainsi ce propos de l'empereur Tibère, le successeur d'Auguste : « l'Italie attend sa subsistance de l'étranger ; [...] chaque jour de la vie du peuple romain flotte à la merci des vagues et des tempêtes ».
– Mais, cher Oryctolagus, dira le lecteur, pourquoi donc joues-tu les scaphandriers, au lieu d'être l'hôte du capitaine Nemo ?
– Ami lecteur, ta question me met dans l'embarras ! En raison d'une superstition (terme d'étymologie latine), Nemo et son équipage me refusent obstinément l'accès à bord. Ils disent que ma présence pourrait entraîner les pires catastrophes. C'est au point que le nom même de mon espèce est proscrit (encore du latin !) dans leurs conversations. Bref, je suis – pauvre de moi ! – persona non grata !

La chirurgie

Un peu de philhellénisme. « Chirourgos thaumatourgos », autrement dit le chirurgien qui soigne tout. Enfin, tout ce qu'il peut, ce qui n'est déjà pas mal. Bref, Grecs et Romains ont beaucoup fait pour la médecine. Une excellente exposition des latinistes de l'Iroise arrive fort à propos pour nous le rappeler. Mais trêve de bavardages, je vous laisse, car mon patient, dont l'anesthésie touche à sa fin, pourrait s'impatienter.

Hilarius Equus

Le « joyeux cheval» ou le « cheval hilare ». Voici mon copain Hilarius. Ce que j'apprécie chez Hilarius, c'est sa vis comica, son humour communicatif, irrésistible. Plus cultivé qu'on ne pourrait le croire, il tire son inspiration des meilleurs auteurs comme Plaute et Térence ; c'est aussi un fin connaisseur des épigrammes de Martial. Castigat ridendo mores : « il corrige les mœurs par le rire », ce qui est la fonction sociale du théâtre comique, quasiment une fonction politique. D'ailleurs, connaissez-vous la dernière blague d'Hilarius ? Non ? Pourtant, tout Rome en parle. Il fait courir le bruit que l'empereur Caligula l'aurait nommé consul ! Sacré Hilarius ! Où va-t-il chercher tout ça ?

La gastronomie

« Zoumazoumaroum ? » En fait, summa summarum, littéralement la meilleure (la plus haute) de toutes les choses, que je traduis librement par « la cerise sur le gâteau». Dans un autre contexte, ce pourrait être la pire, autrement dit le comble, et on dirait familièrement « c'est le bouquet !». On peut aussi l'employer de manière rhétorique, pour conclure une énumération. Summa summarum devient alors l'équivalent de last but not least (la dernière chose, mais non la moindre) en anglais. Un journaliste allemand a ainsi récemment utilisé l'expression sur une chaîne de télévision nationale à une heure de grande écoute. Bon, je vous laisse, j'ai un gâteau à déguster.

Les enquêtes policières

Ma réputation de grand détective a commencé par l'affaire du clapier. Un paisible lapin avait été sauvagement assassiné. On ne parvenait pas à identifier le coupable parmi plusieurs suspects : une vache, une poule, un canard et une belette. Par déduction logique, j'ai rapidement arrêté la belette. En effet, elle seule n'avait pas d'alibi (Tiens ! Encore du latin.).

Le droit

Les plaidoiries de Maître Oryctolagus sont restées dans les mémoires. C'est un ténor du barreau.

L'espace

L'astronaute Oryctolagus a été, comme chacun sait, sélectionné pour être le premier lapin à mettre les pattes sur la planète rouge.

Les sciences de la vie et de la Terre

Lecteur de Pline et de Lucrèce, Oryctolagus met sa vaste culture au service de la recherche scientifique. A quand le prix Nobel ?

La science politique

Oryctolagus, premier lapin à siéger dans l'auguste assemblée, a prononcé un discours mémorable au Sénat (les mauvaises langues disent qu'il a tout copié sur Cicéron !).