Hermaphrodite et androgyne

Hermaphrodite, musée Massimo à Rome. Copie romaine en marbre d'un original grec, 1er siècle ap. J-C.
Texte d'Ovide, Métamorphoses, IV, 368-379 : Salmacis et Hermaphrodite.
Hermaphrodite, fils d’Aphrodite et d’Hermès, rencontre la nymphe Salmacis, qui lui fait des avances pressantes. Le jeune homme refuse et la nymphe fait semblant de s’éloigner pour l’inciter à se baigner dans la source qu’elle occupe. Une fois Hermaphrodite dans l’eau, elle se saisit de lui.
- Perstat Atlantiades sperataque gaudia nymphae
- denegat ; illa premit commissaque corpore toto
- sicut inhaerebat, ”pugnes licet, inprobe,” dixit,
- ”non tamen effugies. ita, di, jubeatis, et istum
- nulla dies a me nec me deducat ab isto.”
- vota suos habuere deos ; nam mixta duorum
- corpora junguntur, faciesque inducitur illis
- una. velut, si quis conducat cortice ramos,
- crescendo jungi pariterque adolescere cernit,
- sic ubi conplexu coierunt membra tenaci,
- nec duo sunt et forma duplex, nec femina dici
- nec puer ut possit, neutrumque et utrumque videntur.
Aide à la traduction
Anna S. et Arthur V. ont traduit le début du texte :
-que denegat
sperata gaudia nymphae
illa premit
-que commissa corpore toto
sicut inhaerebat
dixit
pugnes licet, inprobe
non tamen effugies.
ita, di, jubeatis
et nulla dies deducat istum
a me
nec me ab isto.
vota suos habuere deos.
nam corpora mixta duorum
juguntur
-que una facies
inducitur illis
et refuse
les plaisirs espérés de la nymphe.
Celle-ci le presse
et serrée de tout son corps
comme si elle était attachée,
dit :
« Bien que tu résistes, ingrat,
cependant, tu n'échapperas pas.
Ainsi, Dieux, ordonnez,
et qu'aucun jour ne le conduise
loin de moi
ni ne me conduise loin de lui. »
Ses vœux atteignirent les dieux qu'elle avait implorés.
Car les corps mélangés des deux [jeunes gens]
se joignent
et un seul visage
les recouvre.
Édouard et Arthur D. ont traduit la fin du texte :
si quis
conducat ramos
cortice
cernit jungi
crescendo
-que adolescere pariter
sic
ubi membra coierunt
duo nec sunt
et forma duplex sunt
ut possit dici
nec femina nec puer
-que videntur
neutrum et utrumque.
si quelqu'un
rassemble des rameaux
par l'écorce,
il [les] voit joints
en croissant
et grandir pareillement,
de même,
quand les membres [des jeunes gens]s'unissent,
ils ne sont plus deux,
et ils sont une forme double,
pour ainsi dire,
ni fille ni garçon
et ils semblent
n'être ni l'un ni l'autre et les deux à la fois.
Énora et Sofiane ont repéré dans le texte d'Ovide les propositions subordonnées circonstancielles. Leur travail est ici.
Cédric a commenté le texte d'Ovide :
Cédric a lu une traduction de l'ensemble du texte d'Ovide consacré à l'histoire d'Hermaphrodite :
Ce texte extrait des Métamorphoses d’Ovide raconte l’histoire d’Hermaphrodite, fils d’Aphrodite et d’Hermès, et de sa fusion avec la naïade Salmacis. Ce récit peut être qualifié de tragique, car le personnage d’Hermaphrodite subit une transformation qu’il n’a pas choisie. En effet, la notion de consentement n’est pas respectée : la nymphe refuse son rejet et va jusqu’à utiliser la force, comme le montre la phrase «Je triomphe, il est à moi».
Le texte est très descriptif et riche en comparaisons, par exemple «tel au tronc d’un vieux chêne s’entrelace le lierre tortueux» qui décrit le comportement de la nymphe. Ces images donnent une impression d’emprise et d’étouffement. Le vocabulaire est également recherché et poétique.
On peut aussi voir dans ce mythe une réflexion sur la séduction et ses limites : Salmacis tente d’abord de charmer Hermaphrodite, puis, face à son refus, elle impose son désir. Ovide montre ainsi que le désir peut devenir destructeur. In fine, la métamorphose finale illustre le thème central de l’œuvre : le changement concerne à la fois le physique et l'identité, puisque les deux êtres ne forment plus qu’un seul corps monstrueux avec deux sexes. Mais on peut y voir aussi le désir de fusion du couple amoureux. Et Salmacis veut une fusion éternelle au point de perdre son identité.
Pour en savoir plus...
Lisez la totalité de l'histoire : Ovide, Métamorphoses, IV, 274-415.
Lectures complémentaires :
L'androgyne et l'amour : qu'en pensent Platon... et Anouilh ?.
Voici l'analyse que fait Mathieu de l'extrait de Platon :
Platon dans Le Banquet nous raconte à travers le personnage d'Aristophane le mythe de l'androgyne : à l'origine, l’être humain était composé de deux parties et possédait deux sexes, soit masculins, soit féminins ou soit l'un et l'autre. Puis cet être fut séparé en deux êtres différents. Selon Aristophane, l’amour nous ramènerait vers le désir de l'unité originelle. Donc la personne que l’on aime serait notre autre moitié. Dans ce récit, notre orientation sexuelle serait donc liée à notre origine : les couples hétérosexuels correspondent aux êtres qui, à l'origine, possédaient les deux sexes, les couples homosexuels aux êtres qui possédaient deux fois le même sexe. Aristophane parle des trois relations possibles, l'hétérosexuelle, la lesbienne et la gay. Il fait l’éloge des relations homosexuelles entre hommes car il pense que ce sont les relations les plus nobles et dit que ces couples sont ceux qui servent le mieux l'État.
Deux témoignages sur un hermaphrodite au XVIe siècle : Ambroise Paré et Montaigne..