L'homme idéal, la femme idéale


Portraits du Fayoum, Égypte romaine, IIe siècle de l'ère chrétienne. À gauche portrait de Zenobia, tempera sur bois, musée archéologique de Florence. À droite, portrait d'un homme, encaustique sur bois, Metropolitan Museum of Art, New York.

Texte 1 : Plaute, Amphitryon, II, 2, 633-651, “Alcmène décrit Amphitryon”

Alcmène croit avoir passé la soirée et la nuit avec son mari le roi Amphitryon. En réalité, c’est Jupiter qui, après avoir pris l’apparence du roi qui est à la guerre, a rendu visite à la jeune femme sans que celle-ci se rende compte de quoi que ce soit. Alcmène, seule, évoque son mari.

Alcumena

Sola heic mihi nunc videor, quia ille hinc abest, quem ego amo praeter omneis.
Plus aegri ex abitu viri, quam ex adventu voluptatis cepi. Sed hoc me beat
saltem, quom perduelleis vicit, et domum laudis conpos revenit : id solacio ’st.
absit, dummodo laude parta domum recipiat se : feram et perferam usque
abitum ejus animo forti atque obfirmato, id modo si mercedis
datur mihi, ut meus victor vir belli clueat ; satis
mihi esse ducam. Virtus praemium ’st optimum.
Virtus omnibus rebus anteit profecto.
Libertas, salus, vita, res, parenteis, Patria et prognati tutantur, servantur.
virtus omnia in sese habet ; omnia adsunt bona, quem penes est virtus.

Aide à la traduction

Grammaire :

Maëlle et Emil ont relevé les propositions subordonnées circonstancielles dans le texte de Plaute. Leur travail est ici.

Anna C. et Nora ont trouvé une proposition subordonnée relative. Leur travail est ici.

Traduction d'Oriane et de Louise

Nunc
videor mihi sola
heic
quia ille abest hinc
quem ego amo
praeter omneis
Cepi plus aegri
ex abitu viri
quam voluptatis ex adventu.
Sed hoc saltem
[facit] me beat[am esse]
quom
vicit perduelleis
et revenit domum
compos laudis.
Id [e]st solacio.
Absit
dummodo recipiat se domum
laude parta.
Feram et perferam
usque abitum ejus
animo forti atque obfirmato
id modo
si datur mihi mercedis
ut meus vir
clueat victor belli
Ducam satis mihi esse.
Virtus [e]st praemium optimum.
Virtus omnibus rebus anteit
profecto.
Libertas, salus, vita, res, parenteis, patria et prognati
tutantur, servantur.
Virtus habet
omnia in sese.
Omnia bona adsunt
quem penes virtus est.
Maintenant
il me semble que je suis seule
ici
parce qu'il est absent d'ici
celui que j'aime
au-dessus de tous.
J'ai davantage souffert
du départ de mon mari
que je n'ai eu de plaisir à son arrivée.
Mais ceci du moins
me rend heureuse
quand
il a triomphé des ennemis
et qu'il revient à la maison
couvert de gloire.
Ceci est une consolation.
Qu'il soit absent
pourvu qu'il rentre à la maison
avec des éloges.
Je supporterai et cela jusqu'au bout
sans interruption son départ
avec un esprit courageux et ferme
ceci seulement
s'il m'est donné en récompense
que mon mari
ait la réputation d'être vainqueur à la guerre.
Je m'estimerai satisfaite.
Le courage est la plus grande des faveurs.
Le courage l'emporte sur toutes les autres qualités
assurément.
Liberté, salut, vie, richesse, famille, patrie et enfants
sont protégés, sont conservés.
Le courage contient
tout en lui-même.
Tous les biens sont préservés
entre les mains de celui qui est courageux.

 

Texte 2 : Plaute, Amphitryon, II, 2, 839-43 “Alcmène se présente comme la femme idéale.”

Amphitryon (le vrai), revenu auprès de sa femme, s’étonne de ce qu’elle lui raconte, puis il l’accuse d’avoir commis un adultère. Alcmène, indignée, se justifie.

Alcumena

Non ego illam mi dotem duco esse, quae dos dicitur ;
sed pudicitiam, et pudorem, et sedatum cupidinem,
deum metum, parentum amorem, et cognatum concordiam :
tibi morigera, atque ut munifica sim bonis, prosim probis.

Sosia

Nae ista, edepol, si haec vera loquitur, examussim ’st optima.

Aide à la traduction

Traduction d'Anna S. et d'Arthur V..

Ils ont aussi travaillé sur le pronom Hic, haec hoc. Leur travail est ici.

 

Quels sont les critères de beauté féminine ou masculine dans la statuaire ?

À gauche, Mars, statue en marbre, 360cm, IIe siècle après J-C, Musée du Capitole, Rome. À droite, Vénus d'Arles, statue en marbre, 220cm, Ier siècle avant J-C, Musée du Louvre, Paris.

Anna C. et Nora nous proposent un commentaire sur ces deux statues.

Ces deux statues représentent Mars et Vénus, dieux de la mythologie antique qui incarnent les idéaux masculin et féminin de l’Antiquité. La statue de Vénus montre un corps féminin nu, ce qui est courant chez les déesses de l’Antiquité. Cette nudité met en valeur la perfection du corps féminin avec des courbes équilibrées signe de beauté, de richesse et d’abondance, elle ne semble pas manquer de nourriture mais garde des traits fins et délicats. Son corps a une apparence traditionnelle féminine et douce. Vénus ne porte qu’un voile ou un drap, rappelant un vêtement d’intérieur avec lequel il est compliqué de se déplacer.Elle porte une parure lui donnant un air séduisant, ce qui est une caractéristique très attendue chez une femme. Elle a une coiffure soignée, ses cheveux sont ramassés. Dans sa main, on peut apercevoir une pomme, sans doute celle qui lui avait été donnée par Pâris et qui signifie qu’elle est la plus belle des femmes : sa beauté est davantage physique qu'intellectuelle.

À l’inverse, la statue de Mars incarne un idéal masculin fondé sur la force et le courage guerrier. Contrairement à l’idéal féminin, il n’est pas nu, il porte une cuirasse, des habits militaires et un casque, symboles de la guerre. De plus, il possède des attributs traditionnels de la virilité tels que la pilosité faciale. On peut apercevoir sur son corps des lignes droites, démontrant sa force musculaire et sa posture donne une impression de puissance et d’importance ainsi que de détermination masculine. Son visage a l’air crispé et ses traits faciaux sont durs.

Ces deux statues sont donc des visions très genrées des idéaux de l’Antiquité, mais tout de même très différents. En effet, la femme doit être belle et séduisante, tandis que l’homme représente la force, le courage et la guerre.

 

Lectures complémentaires

Document 1 : Hésiode, Les Travaux et les jours, « la création de Pandore» ; Tite-Live, Histoire romaine, le récit du viol et du suicide de Lucrèce.

Alix, Énora et Sofiane ont préparé un diptyque sur l'histoire de Lucrèce : ils ont mis en relation le texte de Tite-live et un poème de Shakespeare, Le Viol de Lucrèce. Leur travail, de qualité, est consultable ici.

Document 2 : une histoire horrible, celle de Virginie, racontée par Tite-Live.

 

Une œuvre de Camille qui présente un idéal féminin...en opposition avec celui de Columelle, De re rustica, liber XII

Columelle décrit dans le texte suivant un idéal féminin, celle de la femme du métayer.

Pour suivre l'ordre que nous avons commencé d'observer dans le volume précédent, nous dirons que cette femme doit être jeune, sans être pourtant à la fleur de l'âge, pour les raisons que nous avons données en parlant de l'âge du métayer. Elle doit avoir aussi une santé florissante, et n'être ni trop laide ni trop belle : car sa force doit lui permettre de supporter les veilles et les autres fatigues, et sa difformité ne point être pour son mari un sujet de dégoût, pas plus que sa beauté un motif de paresse. C'est pourquoi il faut veiller à ce que nous n'ayons pas plus un métayer coureur et qui prenne en aversion son ménage, qu'un nonchalant qui reste toujours à la maison et qui soit toujours dans les bras de sa femme. Ce que nous venons de dire n'est pas tout ce qu'on doit observer à l'égard de la métayère : car il faudra principalement considérer si elle n'est pas adonnée au vin, à la gourmandise, à la superstition, au sommeil, au libertinage, et si elle est assez soigneuse pour se souvenir de ce qu'elle a fait et pour songer à ce qu'elle doit faire, de manière à pouvoir suivre à peu près les règles que nous avons prescrites pour le métayer. En effet, la plupart des obligations s'appliquent également au mari et à la femme : ils devront donc aussi bien l'un que l'autre éviter le mal qu'espérer la récompense de leur bonne conduite. Au surplus la métayère s'occupera assez pour que le métayer n'ait à faire dans la maison que le moins de besogne qu'il sera possible ; car dès le point du jour , il doit sortir avec ses gens et ne rentrer qu'au crépuscule, alors qu'il est fatigué du travail des champs

Voici l'explication qu'en donne Camille :

Le texte de Columelle a pour sujet l'agriculture. Il illustre la pensée de l'auteur, agronome romain de la première moitié du Ier siècle, qui énumère ici les qualités requises pour une femme paysanne, « fleur de l’âge », « santé florissante »… Cette femme doit être choisie avec des critères stricts concernant son apparence physique, “ni trop laide ni trop belle”, mais aussi ses qualités morales irréprochables, « pas adonnée au vin, à la gourmandise, à la superstition, au sommeil, au libertinage », et sa capacité de travail pour que son mari n’ait rien à faire quand il rentrera des champs comme le montrent les citations, « le moins de besogne qu’il sera possible », « alors qu’il est fatigué du travail des champs ». Cette description est à l’opposé de la peinture réalisée qui représente une jeune femme face à la mer. Même si son visage n’est pas visible, elle ne correspond pas aux critères énumérés par Columelle. En effet, elle vient d’un milieu aisé voire noble comme on peut le voir avec sa toge et son environnement luxueux. Cette femme ne correspond donc pas à l'idéal de la métayère selon Columelle.